L'ARRACHE-COEUR

VIVANT MAG

 

 Spectacle vu au théâtre Pierre  Tabard, le 19 Fév. 2014, 20h30  (Création 2009 en Italie)  

L'intrigue : Près d’un village dont les habitants ont d’étranges mœurs, la maison d’Angel et Clémentine, entourée d’un jardin, est perchée sur une falaise d’où elle domine la mer. Clémentine, assistée du psychiatre Jacquemort, accouche de « trumeaux » (2 jumeaux et un 3è). Traumatisée par les douleurs et accablée par cette triple maternité, elle renonce aussitôt à toute vie sexuelle, décide que ces petits n’appartiennent qu’à elle et chasse Angel leur père. Seul Jacquemort est toléré par Clémentine qui se torture jour et nuit en imaginant les effroyables dangers qui menacent ses enfants. Alors que les triplés essaient d’échapper à l’emprise de leur mère dans des jeux risqués, celle-ci cherche par tous les moyens à les protéger. Finalement, au paroxysme de l’angoisse Clémentine les mettra en cage. Le roman de Vian, d'inspiration autobiographique, est très noir et ne manque pas d’annotations cruelles

Du texte original, Carole Ventura a sélectionné une majorité de dialogues de la mère, évitant ainsi toute dispersion. La trame narrative est centrée sur la montée en puissance et la violence de l’angoisse de Clémentine et sur l'appétit de vivre de ses enfants. Les anecdotes un peu barbares du roman sont laissées de côté. Le découpage donne un rythme très soutenu tout en transmettant la poésie, l'onirisme, la cocasserie et l'humour incisif de Vian. C’est réussi.

Seule en scène, Carole Ventura, avec une diction magnifique, joue Clémentine, les 3 enfants et même Jacquemort. Clémentine apparaît comme  une femme épuisée, littéralement « vidée » mais en colère, se sentant incomprise dans ses blessures de l'accouchement. Elle s'en prend à « l’homme », Angel. Il se matérialise sur le plateau par une lumière hésitante qui s’efface ensuite vers les coulisses : c’est excellent. Une fois le père chassé, Clémentine est livrée à son imaginaire, et craint les pires horreurs pour ses fils. Agitée frénétiquement par une inquiétude subite, elle se crispe ou sourit pour essayer de se rassurer. Mais poussée par un besoin irrépressible de contrôle elle se lance toujours à la recherche des enfants. Bref, elle n’est jamais en paix. Le jeu de la comédienne est fascinant et m’a fait vivre tous les sursauts du débat intérieur de Clémentine. La voix, les mimiques, le regard, la gestuelle, le corps entier de Carole Ventura donnent vie à ce personnage dramatique. Son  incarnation des  enfants qui jouent le soir en cachette dans le jardin est surprenante et lumineuse.  L’une après l’autre leurs têtes blondes un peu hirsutes apparaissent en haut d’un mur. Echappant à leur mère ils s’échangent des secrets et apprennent à voler. Carole Ventura leur prête des regards et des voix pleins d’une vérité émouvante. Il y a ainsi, hors de la présence de la mère, quelques moments de paix dans cette pièce à l’atmosphère tourmentée. La nature, la mer, le ciel et les oiseaux, qui pour Clémentine sont sources de dangers à contrôler, ouvrent malgré elle de merveilleux horizons.

La mise en scène qui s’adresse directement à l’imagination du spectateur a réussi à me transmettre les éléments oniriques ou burlesques du texte, autant que sa violence et ses moments de grâce. Scénographie et  décor jouent sur l’évocation plus que sur la représentation. Ainsi, trois petits berceaux dorés sont accrochés au fond et un écran translucide permet les retours de Carole Ventura dans le personnage de Clémentine. Une petite estrade suffit à nous faire imaginer la servante appelée par Clémentine. Un chapeau, et voilà Jacquemort. Et en final, une jolie cage enrubannée hissée au plafond tourne dans la lumière, aboutissement tragique de ce délire maternel.

Tout concourt à la réussite de cette très belle adaptation qui respecte l'auteur : l'excellent jeu de Carole Ventura, la scénographie simple et efficace, l’éclairage expressif et la musique. L'évocation dramatique de la naissance et les terreurs de Clémentine peuvent être éprouvantes pour certaines sensibilités (femmes enceintes, par exemple), mais les discussions à la sortie montrent que  la poésie permet de prendre de la distance avec le propos. De bons débats sur « l’amour maternel » peuvent prolonger la représentation !

 

Commentaire de C.Polge, correspondante AdAdiff

CHINA CENTRAL TELEVISION (CTV)

Carole Ventura : une comédienne française qui contribue aux échanges théâtraux entre deux cultures  Source: CCTV.com | 03-29-2010 09:32
Carole Ventura : une comédienne française qui contribue aux échanges théâtraux entre deux cultures Source: CCTV.com | 03-29-2010 09:32

A l'occasion de la semaine des cultures française et italienne à l'Université des langues étrangères NO.2 de Beijing, Carole Ventura, une comédienne française, a aidé des étudiants chinois à mettre en scène des monologues.

À peine débarquée en Chine, la comédienne française s'est empressée de présenter son spectacle au public chinois. Elle a lu une pièce de Boris Vian pour souligner le cinquantième anniversaire de la mort du célèbre auteur. Carole Ventura a également voulu échanger avec les étudiants chinois. Au cours d'un gala théâtral intitulé "Je m'appelle Shakespeare", elle a présenté un monologue aux étudiants.

Carole pense que les 2 formes de théâtre peuvent coopérer, même si elles sont très différentes l'une de l'autre.

Son spectacle à l'Université des langues étrangères NO.2 de Beijing a remporté un fran succès. Les étudiants du département de français ont également présenté leur propre spectacle sur scène. Il s'agit non seulement d'un échange théâtral, mais aussi d'un croisement culturel.

Zhou Dan et Yang Lifeng, CCTV.

LE FIGARO BLOG

CHINA DAILY

Carole Ventura présente L'Arrache-coeur en Chine (China.org.cn) Publié: 2010-06-24 16:36
Carole Ventura présente L'Arrache-coeur en Chine (China.org.cn) Publié: 2010-06-24 16:36

Du 16 au 19 juin, l'actrice française Carole Ventura a présenté son adaptation de L'Arrache-cœur au théâtre Penghao, une merveilleuse salle intimiste, nichée dans le quartier branché de Nanluoguxiang à Beijing.

Passionnée de Boris Vian depuis l'adolescence, elle avait déjà organisé en Chine son spectacle Histoire de Vian en mars dans le cadre de la fête de la francophonie.

Elle est à présent installée à Beijing, bien décidée à faire connaître l'œuvre du poète de l'absurde, dont l'œuvre est quasi-confidentielle en Chine. À ce jour, L'Écume des jours est son seul ouvrage disponible en chinois (sous le titre 日常的泡沫, Richang de paomo). Pourtant, selon Carole Ventura, « L'Arrache-cœur a un thème qui touche beaucoup les Chinois, car il s’agit d’une société d'enfants uniques  dans laquelle les angoisses des mères sont exacerbées».

 « Il est très intéressant d'être seul sur scène, car on est obligé de se poser toutes les questions, on ne peut pas être paresseux », confie Carole Ventura. Ce spectacle est entièrement le fruit de ses efforts, de la sélection des extraits, aux costumes et au décor. « L'éternel problème des acteurs est de trouver de bons textes [...] J'ai travaillé deux mois pour avoir un texte théâtral qui fonctionne. C'était très difficile, car j'ai choisi de mettre en scène la troisième partie du roman, où le personnage est assez monocorde. J'ai donc dû trouver une évolution et une tension dramatique, tout en restant fidèle au texte de Boris Vian ».

La pièce est jouée en français, mais un sous-titrage chinois a été ajouté pour faciliter la compréhension des non-francophones. « Nous avons également fait l'expérience de jouer la pièce devant un seul Chinois, sans sous-titres, et il a pu nous raconter l'histoire à la fin. C'est un spectacle extrêmement parlé, où la parole est primordiale, puisque c'est aussi un texte poétique ; mais sans accès à la parole, on fera attention à autre chose : les intonations, les expressions du visage, les expressions corporelles, le langage non parlé de la pièce », explique Mme Ventura.

Le public est essentiellement français pour l'instant, mais de plus en plus d'étudiants chinois francophones ou férus de théâtre viennent découvrir cette œuvre. « Le public chinois et la Chine nous donnent un retour immédiat sur notre travail. C'est très excitant et enrichissant au niveau créatif ».

Portée par son inspiration, Carole Ventura travaille actuellement à une prochaine mise en scène avec des acteurs chinois, un projet auquel elle souhaite se consacrer davantage après l'été. L'année 2010 marque également le soixantième anniversaire du décès d'Albert Camus, son autre auteur fétiche, qui pourrait donc faire l'objet d'une adaptation originale dans les mois à venir. Les amateurs de littérature et de théâtre français ont désormais une nouvelle raison de suivre de près l'actualité de la scène pékinoise. (Par Nelly Alix)

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